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Nissa Rugby traverse une crise existentielle. Relégué, le club azuréen voit ses joueurs lancer un appel à l’aide pour sauver 50 athlètes, 120 salariés et 850 licenciés. Éric Ciotti, le maire de Nice, sort enfin du silence et pointe du doigt: des « salaires démesurés » et une gestion financière irresponsable.
Ce vendredi 31 juillet, dans les studios d’Ici Azur, le ton monte. Depuis le début de la débâcle qui frappe Nissa Rugby, Éric Ciotti s’était tenu éloigné du dossier. Silence pesant d’un élu face à une tempête. Mais le moment était venu de parler. Et quand il le fait, ses paroles ne traînent pas: la mairie de Nice a déjà versé assez. Beaucoup trop, même.
La limite des subventions publiques
L’élu niçois pose un chiffre sur la table, austère et définitif: 3,5 millions d’euros. C’est ce que la collectivité a décidé de plaffonner. Pas un euro de plus. Ciotti l’énonce sans détour: « Il faut bâtir un budget responsable ». Ce n’est pas un appel, c’est un ultimatum enrobé dans le langage municipal.
Ce qui contrarie l’élu, c’est moins la crise elle-même que la route qui y a mené. Des millions d’euros d’argent public ont déjà été engloutis ces dernières années pour maintenir à flot une structure qui, selon lui, n’a jamais cessé de gaspiller. Les dirigeants du club n’ont pas su piloter leur navire. Pire encore: certains joueurs ont été payés avec une générosité qui confine à l’irresponsabilité.
Des salaires que Ciotti juge intenables
« Des salaires démesurés », dit l’élu. Deux mots pour résumer un symptôme: une structure de coûts détachée de toute réalité économique. Nissa Rugby ne gère pas un budget de club de sport professionnel. Il gère une fiction financière, nourrie par des promesses publiques que personne n’a jamais su tenir.
Cette critique résonne dans le contexte d’une relégation prononcée. Le club, promu en Pro D2, va quitter l’élite du rugby français. La sentence de l’A2R – l’autorité de régulation – a été rendue, et elle est sans appel. Nissa descendrait jusqu’en Fédérale 3, l’échelon régional. Un effondrement. Et tandis que cette décision pend encore sur appel, les protagonistes s’observent, chacun attendant que l’autre fasse le premier pas.
L’appel des joueurs, une mise en demeure morale
C’est jeudi que la voix des joueurs s’est levée, poignante et désespérée. Un communiqué pas comme les autres, écrit par ceux qui jouent, qui suent, qui ont un contrat mais ne savent pas combien de temps ils pourront le tenir. Ils supplient: qu’on se réunisse, qu’on trouve une solution. Car derrière les 50 athlètes que Nissa emploie, il y a 120 salariés – des entraîneurs, des kinés, des administratifs – et 850 licenciés, des enfants qui rêvent de jouer au rugby.
Ce message fort a volontairement été adressé « à l’ensemble des acteurs du dossier ». Les dirigeants du club, bien sûr. Mais aussi la mairie. Et l’A2R, qui statue en dernier ressort. Les joueurs savent qu’ils n’ont pas de lever pour transformer le cours des choses seuls. Ils espèrent que la gravité morale de la situation – tous ces emplois, tous ces enfants – forcera les décideurs à trouver un terrain d’entente.
Les actionnaires en première ligne
Ciotti, lui, les place. Il désigne ceux qui doivent agir: les actionnaires. C’est vers eux qu’il se tourne, avec une fermeté presque accusatrice. À vous de jouer, leur dit-il. Vous aviez le projet, vous aviez l’ambition, vous aviez les moyens – du moins en apparence. La municipalité a fait sa part, elle a versé jusqu’aux limites légales. Maintenant, c’est à ceux qui ont investi dans ce rêve de rugby professionnel à la Côte d’Azur de prendre leurs responsabilités.
L’implicite est lourd: les actionnaires doivent restructurer le club de l’intérieur, réduire ces salaires que Ciotti juge intenables, construire un modèle économique qui tiendrait debout sans pompage perpétuel dans les caisses publiques.
L’horizon: la décision de l’A2R
L’avenir immédiat de Nissa Rugby dépend d’une instance, l’A2R, le gendarme financier du rugby français. Cette autorité déterminera où le club jouera la saison prochaine. La relégation est prononcée – jusqu’en Fédérale 3, le plus bas niveau. Mais Nissa a décidé de contester, de faire appel. Et c’est dans ce temps suspendu, ce délai avant la décision définitive, que tous les acteurs – mairie, joueurs, actionnaires, direction – tentent de sauver les meubles.
Ciotti, en prenant la parole ce vendredi, revendique sa part du travail accompli: la municipalité a ouvert son porte-monnaie, elle a soutenu le projet, elle a cru au rugby azuréen. Mais elle ne peut pas être le seul pilier. Et surtout, elle ne peut pas ignorer que des décisions de gestion catastrophiques ont été prises ailleurs, par d’autres mains.
Reste une question sans réponse dans le silence qui suit les déclarations de l’élu: les actionnaires vont-ils réagir? Vont-ils se montrer à la hauteur de ce que les joueurs, les salariés et les enfants du rugby niçois supplient? Pour l’heure, le club est suspendu entre l’espoir d’un appel retenu et la peur d’une chute irrémédiable. Nissa Rugby attend.
Sources
- Nice: Éric Ciotti met fin aux subventions accordées à trois épreuves sportives – Valeurs actuelles
- 2,2 millions d' euros économisés par Nice, des retombées bien supérieures… Bataille de chiffres après le retrait de subventions à l' Ironman et l' Ultra trail par Éric Ciotti
- Sécurité du maire, places de parking, subventions aux associations…: à Nice, Éric Ciotti promet 60 millions d' euros d'économies annuelles
- L' Ironman 70.3 de Nice aura finalement lieu, sans les subventions municipales d' Eric Ciotti
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