Mauro Gianetti se justifie sur les scandales de dopage à l’UAE Emirates

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Mauro Gianetti, patron de l’équipe UAE Emirates où brille Tadej Pogacar, s’est justifié samedi auprès de L’Équipe sur les scandales de dopage qui ont endommagé sa gestion. Le Suisse assume ses erreurs de recrutement – notamment Ricardo Ricco, Leonardo Piepoli et Juan José Cobo, tous contrôlés positifs – mais rejette la culpabilité personnelle et se positionne comme victime de ces affaires.

Dans les coulisses du cyclisme professionnel, certains noms reviennent comme des fantômes qui refusent de disparaître. Celui de Mauro Gianetti en fait partie. Ce samedi, en plein Tour de France 2025, le directeur de l’équipe UAE Emirates a accordé un entretien à L’Équipe pour revisiter les affaires qui l’ont poursuivi pendant plus d’une décennie – des affaires qu’il juge aujourd’hui moins comme des responsabilités que comme des malheurs subis.

Le poids des recrues malheureuses

Quand Mauro Gianetti prend les rênes de l’équipe Saunier Duval en 2004, il ne sait pas encore que les années à venir le placeront au cœur de trois scandales majeurs du cyclisme. Ricardo Ricco arrive dans l’équipe avec une promesse. Le coureur italien performe, remporte deux étapes du Tour de France 2008, et affiche une compétitivité qui laisse envisager une lutte pour la victoire finale. Puis, lors de la troisième semaine, il est contrôlé positif à l’EPO troisième génération. Exclu de la course, sa carrière est brisée. Celle de Gianetti aussi, en quelque sorte.

Leonardo Piepoli et Juan José Cobo connaîtront des trajectoires similaires sous sa direction. Des coureurs recrutés en toute bonne foi, semble-t-il, qui se révéleront dopés. «J’avais fait l’erreur de les prendre dans mon équipe», reconnaît le Suisse. Mais pour lui, l’erreur n’était pas de ne pas vérifier: elle était de ne pas anticiper ce que seraient les conséquences médiatiques et institutionnelles de ces découvertes.

La défense de ceux qui pensaient avoir fait preuve de diligence

Ici commence à se dessiner la version de Gianetti. Elle s’appuie sur un détail précis: avant de recruter Ricardo Ricco, le directeur de Saunier Duval aurait demandé au coureur de se soumettre à un test auprès de l’UCI. L’instance aurait alors envoyé un rapport indiquant que Ricco possédait un taux d’hématocrite naturellement supérieur à 50% – un seuil biologique sans dopage détectable. Sur cette base, le recrutement semblait justifié.

La suite du raisonnement tient en quelques phrases cinglantes: «Je me sens la victime de ça», lance-t-il. Pour Gianetti, les coureurs qu’il a embauchés l’ont trompé. Ils ont compromis non seulement le sport, mais aussi la réputation commerciale de sa structure. Soixante-dix personnes travaillaient dans son équipe. Leurs emplois ont tremblé. Ses sponsors ont disparu. «J’aurais dû réagir différemment, être plus clair avec la presse, expliquer que j’étais une victime», confie-t-il, reconnaissant une faille de communication sans pour autant céder sur le cœur de sa culpabilité.

Le spectre de 1998

Mais il existe une autre ombre. Une enquête de Radio France, diffusée avant le Tour de France 2025, a ressuscité un épisode personnel de Gianetti datant de 1998 – une affaire de dopage présumé survenue lors de sa propre carrière de coureur professionnel. Selon les investigations, le Suisse aurait tenté d’étouffer cette affaire. Les faits mentionnés incluent une hospitalisation suite à une défaillance, et la présence supposée de perfluorocarbone (PFC), administré en intraveineuse.

Quand on lui pose la question, Gianetti ne s’étend pas. «C’est une question personnelle, ce que j’avais à dire, je l’ai déjà dit», balaie-t-il, fermant la porte à tout développement. Il nie avoir pris de l’EPO durant sa carrière de coureur. Mais sur le reste – les circonstances précises, les raisons de l’hospitalisation, la nature exacte des produits en jeu – le silence prime.

Quand les responsabilités s’entrecroisent

La tension centrale de cet entretien réside dans le fossé entre responsabilité managériale et culpabilité personnelle. Gianetti reconnaît ses erreurs de jugement en matière de recrutement. Mais il repousse l’idée qu’un directeur d’équipe puisse – ou doive – contrôler en permanence ce que font ses coureurs en dehors de la chambre. «On ne sait pas ce que nos enfants font quand ils sont dans la chambre, on ne sait pas non plus ce que font les coureurs à la maison», argumente-t-il, posant la question philosophique: jusqu’où s’étend vraiment le devoir de surveillance?

Il a également porté plainte en Italie contre les coureurs qui lui ont nui. Un geste légal, mais aussi symbolique: celui de celui qui entend se présenter, de sa propre initiative, comme lésé plutôt que comme responsable.

Le contexte d’un Tour transformé

Cet entretien intervient dans un contexte particulier. Ce vendredi même, Tadej Pogacar, l’atout majeur de l’équipe UAE Emirates dirigée par Gianetti, a remporté sa cinquième victoire d’étape sur le Tour de France 2025. Le Slovène de 27 ans a pulvérisé le record d’escalade de Marco Pantani sur l’Alpe d’Huez. Sauf catastrophe, il s’apprête à décrocher dimanche sa cinquième victoire finale à la Grande Boucle, ce qui le placerait parmi les co-recordmans de l’épreuve aux côtés de légendaires du cyclisme.

Le contraste frappe: tandis que Pogacar écrire l’histoire du cyclisme moderne par ses performances pures, son manager revient, lui, sur des pages anciennes marquées par les scandales. Lance Armstrong, septuple vainqueur du Tour, avait lui aussi semblé invulnérable avant d’être déchu de tous ses titres en 2012 pour dopage. Pour Gianetti, le passé refuse de rester au passé.

Sa défense – à la fois assumée et esquivée selon les points – restera incomplète. Mais elle dit quelque chose sur la complexité du cyclisme professionnel: un monde où la responsabilité se dilue entre les individus, où le doute persiste toujours sur qui savait vraiment quoi, et où ceux qui y ont participé cherchent longtemps après à redéfinir qui, réellement, était victime.

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