Mort de Finlay Tarling au Tour du Portugal : six cyclistes décédés en trois ans, alerte sur la sécurité

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La mort de Finlay Tarling, 19 ans, percuté par une voiture en sens inverse lors de la 8e étape du Tour du Portugal, ravive l’alerte sur les failles de sécurité du cyclisme professionnel. Six coureurs ont péri en moins de trois ans lors de courses. Jérôme Pineau, ancien coureur et consultant, appelle les instances à imposer des validations strictes avant d’autoriser toute épreuve.

Le cyclisme professionnel traverse une période noire. Vendredi, le Britannique Finlay Tarling, jeune coureur de 19 ans et frère cadet du champion d’Europe du contre-la-montre Joshua Tarling (2023, Netcompany-Ineos), a été tué après avoir été percuté par une voiture roulant en sens inverse lors de la 8e étape du Tour du Portugal. Cet accident ramène sous les projecteurs un problème chronique: le manque de sécurité criard de certaines courses internationales de haut niveau.

Six morts en trois ans: un bilan insoutenable

Le décès de Tarling n’est pas isolé. En moins de trois ans, six coureurs ont perdu la vie dans des accidents survenus pendant des compétitions. Cette accumulation tragique signe l’ampleur du problème systémique. En 2025 seul, deux coureurs sont décédés. L’Espagnol Ivan Melendez Luque, 17 ans, a été pris dans une chute massive lors de la 2e étape du Tour d’Espagne juniors fin août, avant de succomber à l’hôpital. L’Italien Samuele Privitera, 19 ans, est mort en juillet après avoir chuté dans une descente et frappé une barrière métallique en bord de route lors de la 1re étape du Tour du Val d’Aoste, l’une des principales courses du circuit espoir.

Ces deux décès illustrent deux réalités: les jeunes coureurs sont vulnérables, et les infrastructures de sécurité en course sont insuffisantes. Barrières inadéquates, mauvaise gestion du trafic automobile, absence de dispositifs de protection: autant de failles qui, cumulées, transforment la route en zone de danger.

Le Tour du Portugal: l’exemple qui dérange

C’est précisément sur le Tour du Portugal, quasi centenaire et second tour par la longueur après les trois grands tours estivaux, que l’accident de Tarling s’est produit. Jérôme Pineau, ancien coureur français devenu consultant pour RMC, connaît bien cette épreuve. Il en dénonce sans détour l’état des lieux: « C’est un miracle permanent. Les arrivées ne sont pas dignes d’une course de ce niveau-là. La sécurité est catastrophique », déclare-t-il.

Ce Tour du Portugal accueille régulièrement des coureurs de calibre international et des équipes professionnelles – dont le Français Alexis Guerin, en tête du classement général au moment de l’accident. Or, à l’image de cette épreuve, de nombreuses courses de seconde zone manquent d’encadrement sécuritaire. Les organisateurs omettent d’investir dans les commissaires, le personnel de sécurité, les renforts de gendarmerie et les infrastructures appropriées. Résultat: un mercredi sur deux, des coureurs roulent sur des routes insuffisamment sécurisées.

L’argent, nerf de la catastrophe

Pineau met le doigt sur la vraie plaie: « C’est de plus en plus cher d’organiser des courses et certains organisateurs renient des principes de sécurité ». Organiser un grand tour coûte énormément. Trouver les fonds pour recruter des commissaires, mobiliser les forces de l’ordre, installer des barrières de sécurité, gérer le trafic routier – tout cela représente un budget considérable. Face à ces dépenses, certains organisateurs choisissent le raccourci: économiser sur la sécurité.

Ce calcul meurtrier explique pourquoi des épreuves renommées comme le Tour du Portugal, « une course de seconde zone » selon Pineau, présentent des manques si criants. Les organisateurs doivent trouver des commissaires, du personnel, des renforts de gendarmerie, des fonds – tout en gardant l’événement viable économiquement. Sous cette pression, la sécurité devient le poste d’ajustement. « C’est l’incivilité et surtout du manque de moyens pour organiser des grandes courses de vélo qui sont de plus en plus chères », résume Pineau.

Qui doit vraiment intervenir?

Pour Pineau, la responsabilité incombe aux instances du cyclisme – UCI, fédérations nationales, organisateurs régulés. « Tout ça doit surtout interpeller les instances qui sont en responsabilité. Ils doivent mettre en place des validations et si la sécurité n’est pas garantie, si les organisateurs n’en sont pas capables, on ne les autorise pas à organiser », martèle-t-il.

Concrètement, cela signifierait un contrôle préalable obligatoire des courses: audit des routes, des barrières, du dispositif de gestion du trafic, de la présence de commissaires agréés. Aucune épreuve n’aurait d’autorisation sans validation. Pas de négociation, pas d’exception pour raisons budgétaires. Un système d’autorisation ou d’interdiction, simple et strict.

Aujourd’hui, ce contrôle n’existe pas à ce niveau de rigueur. Des courses obtiennent le feu vert malgré des failles évidentes. Des routes restent ouvertes à la circulation automobile sans dispositif d’isolement suffisant. Des barrières métalliques défaillantes longent les virages aériens.

Enjeu: sauver des vies en pleine course

La mort de Finlay Tarling, jeune coureur de 19 ans à peine lancé dans sa carrière, renvoie chacun à une question simple: pourquoi le cyclisme professionnel tolérerait-il moins de sécurité qu’une course automobile? Un Grand Prix automobile immobilise des villes entières, déploie cent fois plus de dispositifs de sécurité, pour protéger des pilotes roulant à 300 km/h dans des cockpits métalliques. Un coureur à 60 km/h, vulnérable, sur une route partagée, devrait logiquement bénéficier d’au moins autant de prévention.

Pineau qualifie l’accident du Tour du Portugal de « catastrophe ». Un mot fort, justifié. Car cette mort n’était pas inévitable: elle était évitable. Une barrière, un feu tricolore, un isolement de la route, un nombre suffisant de commissaires – n’importe lequel de ces éléments, maîtrisé, aurait probablement sauvé Tarling. C’est précisément ce que les instances doivent entendre.

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